Affiche de "Gode Blesse Me" - Performance de David Noir

Gode Blesse Me

Sodomie en place publique ou la guillotine du cul

Performance solo avec participation du public
Texte et jeu  : David Noir

Programme

David Noir / Corps de Textes / Rouen / 4 Juin 2004

En tant qu’individu scénique, je me considère comme un travailleur du sexe au sens où les américains du Nord l’entendent pour désigner les prostitués. Mon contact est psychique la plus part du temps comme celui qu’établissent les acteurs en général, et parfois d’une plus grande proximité tangible avec vous.

Jusqu’où l’approche physique entre moi et vous peut-elle aller sans que la « magie » identificatoire crée par la distance de projection que tente de susciter tout acteur, bascule dans le rejet, le dégoût ou l’horreur envieuse dévolue dans notre société aux prostitués de tous types ?

Pour m’interroger et esquisser une réponse artistique à la thématique « Jouir » proposée dans le cadre de Corps de Textes 2004, j’ai décidé de me faire enculer 4 fois dans l’heure par un spectateur ou une spectatrice volontaire muni d’un accessoire fourni par mes soins, au cours d’un live show urbain, d’un life show humain.

Cette courte « performance » débutera textuellement et musicalement avant de s’achever sur le rapprochement intime de nos corps s’entamant par un baiser. La proposition sera faîte à une seule personne, invitée et consentante. Le choix d’ « un seul » ou d’ « une seule » confère évidemment aux autres membres du public ayant pris connaissance de ce programme dés qu’ils pénètrent la salle, l’attitude éminemment voyeuse qui leur sied, garantissant à l’aventure sa qualité de représentation et non d’acte privé. Il va de soi qu’aucun des acteurs actifs de ces quatre tentatives ne sera choisi parmi l’une de mes connaissances même lointaine éventuellement présente. Si personne dans la salle ne veut donner suite à mon invitation, il y aura toujours eu les mots et la danse.

Cher spectateur, chère spectatrice,

Hélas pour moi ! La tendance à l’individualisme actuel dont certains psychologues nous ont alarmés à grands cris, s’avère n’être finalement qu’une simple mode matérialiste de plus. C’est ce que j’observe avec dépit.

Eh oui, notre bonne société est toujours le même bien huilé Big Brother, qui juge et imprime la plus part de nos faits et gestes,

Et la majorité d’entre nous, fidèle à elle-même, reste la plus belle des brochettes enfilée d’ordinaires moutons.

Merci à la masturbation de réussir à être encore un peu honteuse. Sa résistante subversion réside dans le fait que la grande matrice voit toujours d’un mauvais œil qu’on puisse si facilement se passer d’elle.

La transparence en toute chose est vraiment le miroir aux alouettes, piège à cons N°1 le plus anti-artistique qui soit, et je préfère en aristocrate-esclave de mon cul et de ma pensée fantaisiste, monter sur l’échafaud de ma scène dans la plus profonde et obscure de mes propositions. Ce soir, je convierai hommes ou femmes à m’enculer, munis d’un accessoire, le temps d’un long poème et d’une petite chanson. A bon entendeur, mon aimable salut !

Votre bien dévoué

David Noir

Extrait

D’une fenêtre à l’autre, on voit sans être vu ;
d’une fenêtre Windows aux salons Internet, sourire.
Rien de sordide à cela, ni même de différent
à prendre son billet pour une mise en abîme
d’une obscène Nationale.
La Raie Publique nous appelle ; sachons vaincre ou sachons
mourir d’une petite mort séminale, cyprinale.
Vagins béants, bouches écartées,
pénis tendus, clitoris énamourés
Et des mains de partout pour applaudir encore
De la pulpe des doigts aux parois d’une chatte.
Qu’est-ce qui pourrait bien se passer alors
si on couchait ensemble, à plusieurs, à deux
cent, à dix mille ? C’est là que nous nous
croisons et que je vais me faire voir, par
vous, par les Grecs, par l’Europe.
Allez donc me faire voir ! Qui en veut ?
Car il est l’heure, la minute, le temps de ce doux
poème où je vous demande la chose simple,
quotidienne et taboue de notre vie privée de tout :
Le temps d’une chanson, j’attend qu’on
m’accompagne, qu’une ou elle, qu’un ou il
vienne, tendre et terrible jouer du fond de
mon corps et pénétrer mon cul par cet
archer factice (désignant le gode-ceinture) ?
Mon trou comme un animal sonore,
mon être offert et paisible juste à la mesure de
ma mélodie. Je m’exécute, dans une peur,
d’humeur douce et joyeuse, juste histoire de
croiser ensemble au large, bien au large de
tout avenir possible entre nous.
A cet instant précis, je vous attends
maintenant.
Qui vient ?

Gode Blesse Me a été créé à l’occasion du festival Corps de Textes à Rouen le 4 juin 2004 à l’invitation de Marianne Clévy.