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LA TOISON DORT - épisode 4 - La planète dees femmes - Valérie Brancq, David Noir

LA TOISON DORT / Episode 4

La planète des femmes

Partenaire : Valérie BRANCQ
Texte, conception, interprétation : David NOIR

Extrait de la conduite … /


Ayant salué, je vais vers le fond de la salle (côté écran), rejoint par Jérôme. Nous transportons la table au centre de la scène, public de part et d’autre. Je retourne vers la loge pour aller chercher le buffet. Au bruit des bouteilles et des verres qui tintent lorsqu’on les sort des casiers, Valérie apparaît, nue, le visage maquillé, partiellement masqué d’une prothèse au nez retroussé. Elle ne nous regarde pas et va directement s’allonger, profonde et grave, ventre sur la table, jambes relevées, les pieds maintenus par ses mains derrière ses fesses. Son regard reste droit dans la lumière de la découpe.
On dispose les verres autour du corps de Valérie ; des petits fagots de crudités sont agencés au creux de ses reins et je dispose quelques cuillères de guacamol ou de fromage blanc aux herbes dans l’intervalle de ses fesses écartées. J’invite les gens à se rapprocher du buffet et se servir. Valérie ouvre ou ferme son entrejambe en articulant ses membres par un mouvement mécanique de ses mains tirants ou refermant ses pieds pour nous permettre de tremper nos bâtons de légumes. Si les gens n’ose pas, je fais le service à la demande.
Indifférente à sa posture et aux spectateurs autour d’elle, Valérie se met à scander son texte des « Innocents » : l’amour est une prison.

L’amour est une prison
Le corps est une prison
L’espace est une prison
Et je fuis de ma tête les barreaux impalpables
Le travail est une prison
L’argent est une prison
L’écoute et le regard sont autant de prisons
Et je meurs tout vivant en cherchant dans ma tête un éclat de lumière aveuglante. Où fuir ?
Le monde est une prison
J’en ai fait des millions de fois le tour de mes cellules
Ses murs étaient des illusions aux coins desquelles je me suis frotté
Trop impalpables ils fuyaient en avant se repoussant chacun
Les uns après les autres.
Je n’ai pu les abattre car ils n’existaient pas
Que dans ma tête-prison
Que dans mes doigts-prison
Que dans ma bouche-prison
Que dans ma quête-prison
Prison-prison
M’enfuir m’était encore une prison plus étroite

J’approche de son visage en contrebas, micro à la main.
Selon le comportement du public (préférence pour une ambiance post spectacle, où les gens ne se rassoient pas en spectateur). Valérie chante « I started a joke ». Je fredonne légèrement les chœurs.
AUDIO
Son 6
Accompagnement de « I started a joke »
À la fin de sa prestation, je viens la recouvrir d’un peignoir de satin noir et l’accompagne sur quelques mètres avant de la laisser saluer seule.

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